Qu’est-ce que l’empathie?

« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu. »

Victor Hugo

Qu’est-ce que l’empathie?

 

 

Les huit formes de l’empathie

 

La première forme, la connaissance de l’état intérieur de l’autre, peut nous fournir des raisons d’éprouver de la sollicitude à l’égard d’autrui, mais ni suffisante ni indispensable pour faire naître une motivation altruiste. On peut en effet être conscient de ce quelqu’un pense ou ressent, tout en restant indifférent à son sort.

 

La deuxième forme est l’imitation motrice et neurale. Preston et de Waal furent les premiers à proposer un modèle théorique pour les mécanismes neuronaux qui sous-tendent l’empathie et la contagion émotionnelle. Selon ces chercheurs, le fait de percevoir quelqu’un dans une situation donnée induit notre système neural à adopter un état analogue au sien, ce qui entraîne un mimétisme corporel et facial accompagné de sensations similaires à celle de l’autre. Ce processus d’imitation par observation des comportements physiques est aussi à la base des processus d’apprentissage transmis d’un individu à un autre. Selon la neuroscientifique Tania Singer, ce modèle ne distingue pas clairement l’empathie dans laquelle on établit sans ambiguïté la différence entre soi et l’autre, d’une simple contagion émotionnelle, dans laquelle nous confondons nos émotions et celles de l’autre. D’après Batson ce processus peut contribuer à engendrer des sentiments d’empathie, mais ne suffit pas à les expliquer. En effet, nous n’imitons pas systématiquement les actions des autres : nous réagissons intensément en observant un joueur de hockey marquer un but, mais nous ne nous sentons pas forcément enclin à imiter ou à  résonner émotionnellement avec quelqu’un qui est en train de ranger des papiers ou de manger un plat que nous n’aimons pas.

 

La troisième forme, la résonnance émotionnelle, nous permet de ressentir ce que l’autre ressent, que ce sentiment soit de la joie ou de la tristesse. Il nous est impossible de vivre exactement la même expérience que quelqu’un d’autre, mais nous pouvons éprouver des émotions similaires. Rien de tel pour nous mettre de bonne humeur que d’observer un groupe d’amis tout à la joie de se retrouver : à l’inverse, le spectacle de personnes en proie à une détresse intense nous émeut, voir nous fait venir les larmes aux yeux. Ressentir approximativement le vécu de l’autre peut déclencher une motivation altruiste, mais ici encore, ce type d’émotion n’est ni indispensable ni suffisant. Dans certains cas, le fait des ressentir l’émotion de l’autre risque d’inhiber notre sollicitude. Si, face à une personne terrorisée, nous commençons à ressentir nous aussi de la peur, nous pourrons être davantage concernés par notre propre anxiété que par le sort de l’autre. De plus, pour engendrer une telle motivation, il suffit de prendre conscience de la souffrance de l’autre, sans qu’il soit nécessaire de souffrir de soi-même.

 

La quatrième forme consiste à se projeter intuitivement dans la situation de l’autre. C’est l’expérience à laquelle se réfère Théodor Lipps en utilisant le mot Einfühlung (empathie). Cependant, pour être concerné par le sort de l’autre, il n’est pas nécessaire de s’imaginer tous les détails de son expérience : il suffit de savoir qu’il souffre. De plus, on risque de se tromper en imaginant ce que l’autre ressent.

 

La cinquième forme est de se représenter le plus clairement possible les sentiments d’autrui en fonction de ce qu’il vous dit, de ce que vous observez, et de votre connaissance de cette personne, de ses valeurs et de ses aspirations. Toutefois, le simple fait de se représenter ainsi l’état intérieur d’autrui ne garantit pas pour autant l’émergence d’une motivation altruiste. Une personne calculatriste et mal intentionnée peut utiliser la connaissance de votre vécu intérieur pour vous manipuler et vous nuire.

 

La sixième forme consiste à imaginer ce que nous ressentirions si nous étions à la place d’autrui avec notre propre caractère, nos aspirations et notre vision du monde. Si l’un de vos amis est grand amateur d’opéra ou de musique rock et que vous ne supportez pas ce genre de musique, vous pouvez certes imaginer qu’il ressent du plaisir et vous en réjouir. Mais si vous étiez vous-même assis au premier rang, vous n’éprouveriez que de l’irritation. C’est pourquoi Georges Bernard Shaw écrivait : « Ne faites pas aux autres ce que vous souhaiteriez qu’ils vous fassent, car ils n’ont pas forcément les mêmes goûts que vous ».

 

La septième forme est la détresse empathique que l’on ressent quand on est en témoin de la souffrance d’autrui ou qu’on l’évoque. Cette forme d’empathie risque davantage de déboucher sur un comportement d’évitement que sur attitude altruiste. En effet, il ne s’agit pas là d’une préoccupation pour l’autre ni de se mettre à la place de l’autre, mais d’une anxiété personnelle déclenchée par l’autre.

 

La huitième forme, la sollicitude empathique, consiste à prendre conscience des besoins d’autrui  et à éprouver ensuite un désir sincère de lui venir en aide. Selon Daniel Batson, seule cette sollicitude empathique est une réponse tournée vers l’autre-et non vers soi-, réponse qui est à la fois nécessaire et suffisante pour déboucher sur une motivation altruiste. En effet, face à la détresse d’une personne, l’essentiel est d’adopter l’attitude (coach!) qui lui apportera le plus grand réconfort et de décider (avec elle) de l’action la plus approprié pour remédier à ses souffrances.

 

Extrait de Plaidoyer pour l’altruisme, Mathieu Ricard, 2013

 

« Dans la pitié ce qui est premier c’est la tristesse… Dans la compassion ce qui est premier c’est l’amour »

Spinoza

 

 

 

 

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